Rives

 Rives © DR 2011

Une pure affaire de regard, une expérience essentiellement cinématographique


Rives
de Armel Hostiou

| France  | 2011 | 1H18 | distribution : Epicentre films |
| avec Jasmina Sijercic, César Lakits et Abubakar Jamil |
| musique : Fantazio, Babx, Viva and the Diva, Poni Ohazx et Mohamed Lamouri |
| programmation ACID • Festival de Cannes 2011 |
| recommandé par le GNCR |
| sortie nationale : 29 février 2012 |







Trois personnages, à Paris, le temps d'une journée. Ils ne se connaissent pas, ils ne se croiseront pas. Ils partagent pourtant, insidieusement, un sentiment d'enfermement. Chacun d'entre eux, à cause d'un événement extérieur, va sortir de son cadre habituel et vivre une expérience singulière dans les failles de son espace urbain - y découvrir, par la dérive, une dimension de lui-même qu'il ignorait.


Le film  Rives de Armel Hostiou est soutenu par l'ACOR. L'écrivain Sylvain Coher a écrit un texte littéraire et poétique "A propos de Rives". Sur proposition de notre association, Rives a été choisi par Les fileurs d'écoute pour concevoir une ciné-lecture (25') susceptible d'être programmée en avant ou après-programme. De son côté, O.H.N.K. Production a aussi choisi ce film et réalisé une Séquence de 3' en HD, mise à la disposition des programmateurs pour une diffusion gratuite en ligne ou en salle (DCP).

  

A propos de Rives

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Nous avons demandé
à Sylvain Coher

de voir Rives
et d'écrire un texte
autour de Rives


Le texte ci-contre est libre de droits pour les adhérents de l'ACOR et ses partenaires dans le cadre du soutien au film Rives

Dans ce cas, la publication doit être assortie de la mention suivante : "Avec l'autorisation de Sylvain Coher et de l'ACOR - Association des cinémas de l'ouest pour la recherche : www.lacor.info"

Dans tous les autres cas, la publication  intégrale ou partielle de ce texte en dehors des limites fixées par la loi est soumise à  une demande d'autorisation auprès de l'ACOR : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. qui répercutera auprès de Sylvain Coher.

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A propos de Rives


un texte de Sylvain Coher


(...) comm
e le simple fait de perdre une lentille te fait toucher le sol du bout des doigts (tu es perdu mais tu ne le sais pas encore) tu souffles sur une vitre dont la buée s'efface bien trop vite chaque fois que tu recommences et autour le monde que tu entends ne vient plus que de tes écouteurs – un monde très Rock, guitare et galets, rocher, basses, cailloux de mortier et liquides perdus dans l'air et dans le sable – au point de l'entendre si fort (à l'intérieur et tout autour) que tu n'entends pas même l'étrange mécanique du bruit de tes pas dans les couloirs du métro et jusque dans la rue tu es cet enfant au regard lourd qui met ses mains


dans la boue pour rendre la peau plus noire et parfois tu rouvres les yeux et ce que tu as devant toi c'est toujours la ville mais quelque chose a changé durant ta courte absence – cet inquiétant lever de rideau est une surprise que tu n'attendais pas – tes yeux redeviennent neufs chaque fois que tu les fermes, te dis-tu (pour te rassurer) et ta ville usuelle brusquement tu t'en fiches pas mal, tu regardes simplement ceux qui s'en servent se mouvoir autour de toi puisque tu es devenu ce point immobile autour duquel les choses s'animent, le spectateur d'une sorte de film dont il te semble être simultanément le projecteur et l'écran qui
reçoit dans la lumière


du ciel cet enfant que tu ne connais pas qui passe comme une écharde et cette jeune femme que tu n'étais pas mais dont tu te rappelles brusquement l'existence et sans t'attarder davantage tu redeviens cet homme venu d'un voyage lointain que tu ne feras pas (c'est comme ça) comme dans certains jeux tu as trois vies devant toi, trois vies au minimum et sans prévenir on t'appellera Pierre, Thalat ou Pascale (pourquoi pas), on pourrait t'appeler par ton nom comme par celui d'un autre ça ne changerait rien


au fond la ville elle-même a tant de noms qu'elle et toi vous ne formez plus qu'un – tu es cet indien perdu dans New-Paris, tu vas de Grenelle en Brady comme on va de Charybde en Scylla – et le temps glisse sur ta peau sans que tu ne fasses l'un de ces gestes inutiles que les fous font, pour le retenir désormais tu portes alternativement des bas bleus, un pansement dans le cou et tes Converses frôlent


des rebords que tu ne franchis pas et des ponts en coupée de mer sur la Seine, ce fleuve sur lequel tu fais nager tes yeux d'une rive à l'autre jusqu'à distinguer sur l'eau ces petites choses lumineuses qui font que l'eau est eau, pour la première fois tu parles une langue inconnue et nonchalant tu passes d'une idée à une autre selon cette coquille d'escargot qui fait le mouvement de nos vingt arrondissements et ta liberté comme un terrain


vague sous l'œil immobile et décillé d'une caméra de surveillance pour laquelle tu resteras un laps cet être invisible que tu craignais devenir (un simple spectateur) car tu n'es plus dedans tu es dehors et tu regardes ta ville vivre sans toi et le pire dans tout ça c'est qu'elle continue de vivre (cette vieille peau) comme si tu ne lui manquais pas – avec ou sans toi tes tours sont des phares et les bars sont peuplés de gens qui tous se connaissent déjà – tu te lèves, tu te couches et tu livres de la bouffe tiède à travers des portes à peine entrouvertes


des mots qui s'envolent des cours que tu sèches et qui ne veulent plus rien dire même si tu les entends tu ne comprends pas les rumeurs d'un monde qui s'est muni d'ascenseurs pour regarder d'en haut ce qu'on ne voit plus d'en bas – ici un avion dessine une courbe dans le ciel et là dans la rame bringuebalante un homme joue et chante pour les autres – puisque le monde est ce rail saturé sur lequel vont tous les trains, puisque le monde est cette route en forme de partition que tes pneus lèchent et même si tu ne roules pas tu voles


d'une épaule à une autre tu es partout ce pigeon et parfois si près des cheveux qu'il te semble que tu pourrais les toucher d'un doigt et d'autres fois si près de la peau que tu hésites à y poser les lèvres (tu es perdu mais tu ne le sais pas encore) dans ton silence il n'y a plus que du bruit et on ferme les yeux pour que les images reviennent comme la musique – par les lobes des yeux comme par ceux des oreilles – et franchissent enfin ces portes qui s'ouvrent


par magie sur des parcs où les enfants courent et ne savent pas pourquoi (...)




Sylvain Coher

Sylvain Coher est un romancier français né en 1971. Premier roman aux éditions Joca Seria en 2002, Hors saison, suivi par deux autres chez le même éditeur : La Recette de Stein en 2004 et Facing en 2005. En 2006, il signe un autre roman :  Fidéicommis, aux éditions Naïve.

Il est pensionnaire à la Villa Médicis en 2005-2006. À Rome, il rencontre le peintre new-yorkais Jérôme Lagarrigue et publie un premier texte lié à ses œuvres, Pleine Face, dans la revue Éponyme. Il y rencontre également le compositeur Jérôme Combier, qui envisage alors un projet scénique et musical autour de Facing.

Depuis octobre 2006, Sylvain Coher est l'auteur associé du Théâtre de l'Arpenteur à Rennes pour le projet Frontière.

Dans le cadre de cette collaboration, il a écrit un récit, Les Effacés, paru en mars 2008 (Editions Argol), puis une pièce de théâtre : Prends soin de l'ours.

En 2009, il est accuelli en résidence à St-Nazaire et collabore à un recueil collectif Travailleurs de l'estuaire.


Théâtre / Opéra

PAGE 13 et L’AILE BRISEE, deux scénarios de films courts pour la Maison de la Culture de Loire Atlantique (production MCLA) en 2003 et 2004.

PRENDS SOIN DE L’OURS, pièce en trois actes, coproduction Théâtre de l’Arpenteur, L’Aire Libre et le Canal, Théâtre du Pays de Redon. Création 2009.

LES VOIX MONIALES, texte mixte pour récitant et voix chantées, en cours de création à l’Abbaye de Fontevraud (fin 2010), avec le compositeur Jérôme Combier.

Atelier de création Opéra du festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence en 2007, puis 2010 avec le compositeur Jérôme Combier et le vidéaste Pierre Nouvel, sous la direction de Pascal Dusapin.

......

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Son dernier roman, Carénages, a paru en 2011 aux Editions Actes-sud.
 
En 2010 Sylvain Coher s'est associé à Joana Preiss pour faire une proposition cinématographique à partir de la nouvelle Conca d'Oro qu'il a écrite dans le cadre d'Ecrire avec, lire pour, action culturelle portée par l'ACOR.

En 2012, l'ACOR a demandé à Sylvain Coher de voir Rives d'Armel Hostiou et d'écrire un texte autour du film A propos de Rives.
 


Autres publications
Six textes courts dans Rennes, Guide de la Ville Invisible. Editions Terre de Brume, 1999.
Une pause, nouvelle, 2003. Editions de Mauves en noir, festival / La Sosta, Presses universitaires de Trieste, traduction de Graziano Benelli, 2007.
Deux sur un banc, théâtre. 5 actes, avec Eric Pessan pour le site de littérature Remue.net, 2004.
Mnemo, poésie. Editions Courbe(s), 2004.
Trois ateliers d'écriture à l'usage des enseignants, Manuel de français 2e pro/Terminale BEP, éditions Delagrave 2004.
La folie siffait, nouvelle. Co-édition Joca Seria/MCLA 2005.
On recommence, théâtre, avec Eric Pessan. Le Lieu Unique, scène nationale de Nantes, 2005.
L’Anse aux lapins, nouvelle. Revue d’art et de littérature Eponyme, éditions Joca seria, 2006.
Pleine face, nouvelle, avec le peintre J.Lagarrigue. Revue Eponyme, éditions Joca seria, 2006.
Collision, poèmes, avec le peintre J.Lagarrigue. Galerie O. Waltman, Paris 2007.
Culturel Stations, poèmes, avec la photographe Tali Amitai-Tabib. Galerie O. Waltman, Paris 2008.
Numbers, poèmes, avec le peintre Jorge Enrique. Galerie O. Waltman, Paris 2008.
Les Voix moniales, nouvelle, Centre des Monuments Nationaux, éditions du Patrimoine 2009.
Vil Jazz, nouvelle, revue D’ici-là, Publie.net éditions, 2009.
Contre la vitre, nouvelle, Editions de la Sorbonne, 2010.
Conca d'Oro, nouvelle in "Sacha Lenoir", Editions Capricci, 2010.
 

Les Fileurs d'écoute

Les fileurs d'écoute © DR 2011
Nous avons demandé
aux 
Fileurs d'écoute 

de voir les films
que nous soutenons…
 

Lecture
en
cinéma


Ils nous proposent une ciné-lecture
autour de Rives de Armel Hostiou


 


Des mots à l'image


 
Bernard Mazzinghi © Cindy R
Bernard Mazzinghi

Cindy Rabouan © Brigitte S.
Cindy Rabouan

Du rêve à la première esquisse, des différentes étapes de l'écriture au point final du scénario, des repérages sur les lieux de tournage au premier clap avant d'atteindre la salle de montage, qu'est-ce qui préside à la réalisation d'un film ?
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Les Fileurs d'écoute invitent les spectateurs à les suivre sur les « sentiers impénétrables » de la création.
.
A la lumière tamisée des pupitres, Bernard Mazzinghi et Cindy Rabouan racontent le film par sa genèse.
.
Sans dévoiler les circonstances de l'intrigue, Les Fileurs d'écoute amènent peu à peu le spectateur vers le film, le guidant de leurs deux voix vers l'atmosphère dans laquelle il sera bientôt immergé.



Les fileurs d'écoute
10 Saint Riom | 22470 Plouézec | 02 96 16 47 88 | consuter le site Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.  
 

Durée de la lecture : 25', ajustable en fonction des projets.
Lecture en solo : 150 € TTC • en tandem : 300 € TTC + frais de déplacements et hébergements.
Matériel à fournir :
- deux micros HF, si possible 2 pieds de micros ou 2 micros-cravates ou 2 micros casques;
- 2 chaises
- 1 lecteur DVD ou un ordinateur relié à un vidéo-projecteur ou à un projecteur numérique pour diffusion d'extraits vidéos ou de sons


Séquence


Cette séquence de 3' en HD est mise gratuitement à la disposition des programmateurs par O.H.N.K.

Vous pouvez  consulter ce film sur le site Séquence où vous trouverez également des séquences sur d'autres films choisis par O.H.N.K.


Vous   programmez Rives ? Vous pouvez obtenir un DCP comportant le fichier du film en qualité HD pour le diffuser sur vos écrans.
 

Pour cela, il vous faut contacter Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. .

 

 

Vous  pouvez embarquer la vidéo sur votre site en collant dans votre page web un code obtenu en appuy ant sur le bouton situé sur la droite du film ci-dessus (pour cela il faut survoler l'écran).



 








Nous avons proposé à O.H.N.K. Production de voir Rives. Ils l'ont aimé et ont réalisé la séquence ci-dessus autour de la lecture par les Fileurs d'écoute organisée par l'ACOR dans le cadre du festival Premiers Plans.


        
Si vous souhaitez changer les dimensions, vous pouvez prendre une proportion des indications width="430" height="242". 







4 pages ACID

 

Trois personnages à contre-courant

Pendant vingt-quatre heures, Thalat, Pierre et Bianca traversent Paris à contre courant, dans une pulsion de fuite qu'ils n'ont pas anticipée et qui les fait dériver de leur trajectoire: le collégien se retrouve à faire l'école buissonnière, le jeune homme pakistanais va s'éloigner de sa communauté et l'étudiante va s'interroger sur la place qu'on lui assigne. Cette journée les conduit à porter un regard neuf sur leur réaité, et provoque chez eux quelque chose de vertigineux, une attraction pour le vide, pour quelque chose de plus vaste, de plus grand et de plus ouvert...


Un quatre pages
proposé par l'ACID


pris en charge par l'ACOR

pour ses adhérents
(commande : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. )
 




(ci-dessus, document provenant d'Issuu)
 Télécharger le document

Filmer l’invisible

Dans le film, une attention toute particulière est portée sur les détails. Comment rendre compte de l’invisible, et figurer des choses que l’on n’imagine pas représentables? Certains événements qui pourraient sembler microscopiques, infimes (la perte d’une lentille, le fait de se couper en se rasant...) ont une répercussion très forte pour les personnages, dans leur rapport au monde. Rives nous conduit à occuper autrement notre place de spectateur, en regardant là où on ne voit pas, mais où tant de choses se jouent.

 











Musiques

La forme du film elle-même est musicale : les trois personnages peuvent être perçus comme trois variations sur le même thème, trois facettes d'un même état. Sans jamais être illustrative, la musique est au cœur de Rives. C'est Bianca, le personnage féminin du film, qui en est le vecteur. La musique qu'elle écoute au casque la coupe du monde, et pourtant cette attitude semble aussi l'y relier d'une autre manière, dans une perception nouvelle de ce qui l'entoure. La musique est par ailleurs inscrite dans ces lieux, tous les morceaux sont issus de groupes ou de musiciens vivant à Paris (Fantazio, Poni Hoax, Babx, ...).


Une perception sensorielle

Par l’entremise de ces trois personnages, le film offre aux spectateurs une perception très sensorielle du réel. Le fait d’être étrangers (un jeune homme Pakistanais, une étudiante Erasmus tchèque et un enfant, étranger au monde des adultes) les situe dans une présence/absence au monde : ils ne font pas complètement partie de l’univers qui les entoure, mais ils portent un regard plus aigu sur celui-ci. Leur écoute et leur capacité d’observation sont décuplées, il en résulte une véritable expérience sensible pour les spectateurs.








Revue de presse

Texte de soutien de l'ACID
Association du cinéma indépendant pour sa diffusion
par Damien Manivel et Chiara Malta, cinéastes


Rives
est un film de science fiction. Un film qui fait peur. Et pourtant rien n'éclate, nous ne sommes pas dans un monde différent du nôtre, il n'y a pas vraiment de risque : d'où vient alors cette menace qui pèse constamment sur les images ? Pourquoi se sent-on si étranger face au connu ? Raymond Carver, en parlant de l'écriture, disait qu'il trouvait toujours bon qu'un sentiment de menace, même léger, soit présent dans une fiction. Cela permet de mettre à distance son objet, de le faire craindre, de le faire connaître différemment. Autrement dit : la perception des choses, leur connaissance, est une histoire de perspective.

Rives bouleverse nos perspectives sur la ville et ses moments mécaniques et ordinaires. On y voit trois trajets humains au sein d'une journée comme une autre. Et cela devient extra-ordinaire. C'est une pure affaire de regard, une expérience essentiellement cinématographique.

Deux adultes et un enfant, seuls, traversent Paris du matin au soir. Ils ne se croisent pas, ils ne se connaissent pas. Ce sont des étrangers : étrangers les uns aux autres, étrangers à l'espace inconfortable et dangereux, étrangers au temps lorsqu'ils s'absentent ou s'extraient du rythme contraignant de la ville. C'est ainsi que Rives bouleverse tous repères et coordonnées existentielles. Le sentiment de familiarité et d'appartenance est réinterrogé ; on ne reconnaît plus les espaces, on doute du temps. C'est là que se situe sa menace. Dans le film, chaque instant devient alors crucial : un pas de plus dans la vie, un pas de plus vers la mort.

Texte intégralement reproduit
avec l'aimable autorisation de l'ACID

 



 

Solitudes croisées
par Sarah Elkaïm et Clément Graminiès • Critikat.com



[…] Un petit garçon, une jeune femme, une jeune garçon immigré, ne parlant pas la même langue.

Le billet, le petit saignement à la gorge, l'ascenseur bloqué… Autant de détails qui s'inscrivent dans un tourment, une succession de probabilités évoque l'enfermement de soi sur soi, de l'impossibilité de communiquer avec l'extérieur et de rester confronter à ses propres turpitudes. « Tu parles mieux le français », à peine quelques répliques dans un film qui a un ambitieux objectif celui d'apaiser cette souffrance sociale. Armel Hostiou, chef d'orchestre de ces personnages solistes opère non pas une caricature de cette souffrance sociale mais bel et bien un tableau où les lignes de fuite se croisent pour mieux en déterminer, comme chez Kandinsky, une figure identifiable de la faiblesse de ces gens. Une vérité les oppresse mais les opprime dans leurs corps et dans leurs pensées, une vision certes contemporaine mais nécessaire pour mieux comprendre la perception de tels échecs de l'être dans la symbolique du mythe de Sisyphe en un effet constamment croissant de ces perceptions. […]


Rives de Armel Hostiou
par Audrey Chiari • larampecinema.com



[…] Le scénario de Rives pourrait tenir sur un ticket de métro : un enfant, une femme, un homme, dans Paris. Ils ne se connaissent pas mais ont en commun une grande propension au flottement, souvent déconnectés du monde qui les entoure comme si leur vie intérieure les désolidarisait sans cesse des autres.[…]

Le réalisateur recentrant rapidement l'enjeu de son film non pas sur la compréhension psychologique de ces personnages croisés mais sur la représentation qu'il fait d'un espace, donnant à Paris une identité visuelle forte et originale, toujours porteuse de sens, son spectateur doit, au fil du film, composer avec une certaine frustration. […]

Voilà longtemps qu'on n'aura vu la ville filmée de la sorte. Capitale grise, certes, aux couloirs de métros et bureaux déshumanisés, et pourtant, une atmosphère douce et poétique se dégage de la façon dont le réalisateur la saisit : foules floues, voies de chemin de fer s'entrecroisant comme un labyrinthe vu de haut, entre-chocs de lignes verticales et horizontales, virant parfois à la toile abstraite, douces gammes de gris comme un pastel passé... La captation de la ville, très plastique sans stylisation gratuite, mêlée à un beau travail sonore, la rend toujours très vivante. Armel Hostiou prend visiblement un malin plaisir à travailler l'urbanité comme un matériau (jouant sur les intérieurs/extérieurs comme autant de va-et-vient entre l'intériorité des personnages et leur environnement), tout comme il sait brillamment travailler les éléments naturels, comme par exemple le fleuve traversant la capitale : la contemplation de la Seine par le jeune Indien s'apparente presque à la découverte d'une peinture contemporaine, glissant du noir et blanc au doré en variant à l'infini les lignes que tracent l'eau. L'utilisation du matériau aquatique (la rivière du rêve de l'enfant, la douche, l'eau qui jaillit de la bouche d'une sculpture...) vient d'ailleurs, d'une très belle manière (comme on parlerait de la « manière » d'un peintre), extraire de l'urbain les êtres filmés.






Partenaires


Le réalisateur Armel Hostiou © DR 2012
l'ACID © 2012 DR
Epicentre films © 2012 DR
Les fileurs d'écoute © 2012, DR
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